Campagne iFRAP 2007


Culture: les ravages de l'argent public orchestré par les énarques


- La culture n’est pas une marchandise…

Dans un établissement culturel parisien financé à la fois par l’Education nationale et la Recherche et précédemment dirigé par un énarque de la sphère Lang (ancien du cabinet et décrit par ceux qui le connaissent comme un satrape), sévit un curieux comité d’accueil pour ceux qui viennent du privé. Pour développer l’activité du lieu, le nouveau directeur (énarque lui-même) a choisi un manager du privé. Immédiatement, les syndicats de l’établissement ont fait un recours auprès du tribunal administratif pour tenter d’empêcher sa nomination. Un manager qui vient du privé, qui veut de l’efficacité dans un établissement culturel dérange. « Ils ne veulent pas que l’argent qui pourrait leur revenir soit dépensé pour faire du marketing et faire connaître nos activités, ils considèrent que c’est de l’argent sale. »

-...mais une chasse gardée des énarques…

Aujourd’hui, pratiquement aucun des managers qui officient dans les établissements publics culturels, ne vient du privé. Et ce pour une raison simple, les règles sont tellement difficiles à suivre, forgées par des énarques pour des énarques, que ceux du privé qui s’y frottent avouent que, sans un énarque dans la direction, on ne peut comprendre le fonctionnement culturel. Il est pratiquement impossible de faire entrer des personnes extérieures au réseau de l’ENA. C’est bien cela que dénonce, avec beaucoup de diplomatie, le club Culture et management.

Michel Koch (ESCP 92), Président du Club Culture et Management

"Dans le management culturel, les énarques ou X sont recrutés en interne, et les postes de managers contractuels externes à la fonction publique sont rares. Les CDD et CDI pour diplômés d'écoles de commerce sont rares. En dépit du fait qu'il y ait de plus en plus de formations culturelles dans les écoles et de plus en plus de vocations, il n'y a pas beaucoup d'anciens élèves des écoles de commerces qui travaillent pour le public dans la culture, sauf certains issus d’HEC... mais aussi de l'ENA."

- …et un paradis pour les réseaux.

Le réseau des énarques tient les bonnes places dans la culture. Ce qui fait dire à Catherine Trautmann, ancien ministre de la Culture : « Les gens des cabinets, se retrouvent à l’excès à des postes qui ne correspondent pas à leur profil. Les réseaux parisiens sont très puissants, il y a une sorte de prééminence parisienne. Tout cela n’est pas assez clair. » Dans une certaine enclave lutte contre la corruption de l’Etat, le discours est sans détours :

«Dans la culture, il y a une sorte de snobisme qui prévaut : il n’y a jamais de spectacle nul, ce sont les spectateurs qui ne sont pas au niveau. Ce sont des « artistes » sans notion de gestion.  A cela se greffe l’intérêt des réseaux animés par les énarques qui freinent la réforme de l’Etat. Ils profitent de l’Etat pour s’enrichir car c’est de plus en plus difficile de s’enrichir dans le privé. Il n’y a aucun risque à s’enrichir grâce à l’Etat tandis qu’il y a de gros risques dans le privé. La Cour des comptes a fait un rapport sur les disfonctionnements au sein du ministère de la Culture qui est le ministère le plus mal géré qui soit. En France, nous avons un problème de réglementation, le conflit d’intérêt n’existe pas, il n’y a que la notion de prise illégale d’intérêt. Au ministère de la Culture, ils savent très bien que nous avons des dossiers sur eux mais nous n’avons aucun pouvoir d’enquête. »