Parce que d'abord, nous ne manquons pas de moyennes entreprises , en dessous de 1.000 salariés ; les statistiques comparées que nous avons développées avec la Grande-Bretagne montrent que nous avons plus de très petites entreprises que les Anglais, que pour le nombre d'entreprises entre 100 et 1000 salariés, nous sommes à parité mais que notre déficit apparaît pour les entreprises de 1000 à 5.000 salariés et devient le désastre au-dessus de 5.000 (dont nous avons moitié moins que les Anglais).
Et nous avons vérifié que les agglomérats sous forme de sociétés mères et sociétés filles ne cachaient pas qu'en France, nous aurions autant de grandes entreprises que les Anglais mais qu'elles seraient morcelées en une myriade de PME : le taux de filialisation est moins élevé en France qu'en Grande-Bretagne pour toutes les tailles d'entreprises.
En outre, un examen secteur industriel par secteur industriel montre que par rapport aux Anglais, qui n'ont pas de chômage, nous avons au moins autant sinon plus de salariés dans le secteur manufacturier, que notre déficit est dans le domaine des services.
Il est cependant vrai que nous - comme les Anglais – avons moins de salariés dans le secteur manufacturier que les Allemands ou les Japonais, environ 20% du total des salariés contre un peu plus de 30% outre-Rhin.
Mais s'il faut bien reconnaître que le secteur manufacturier n'est pas notre fort, il faut aussi prendre conscience qu'il est trop tard pour revenir en arrière ; nos chances de garder une forte industrie manufacturière sont mortes sous les coups répétés de l'Etat dans les années 70 à 90, à l'époque où la chimère du jour était « Le défi américain » de Jean-Jacques Servan-Schreiber, où nous avons abandonné la PME pour « concentrer », créer des géants, alors que c'est précisément à l' époque du livre de Jean-Jacques Servan-Schreiber que la taille moyenne des entreprises américaines commence à décroître.
La création de chimères économiques par des esprits brillants, chimères immédiatement gobées par les politiques, ne date donc pas d'hier. C'est comme cela que nous en sommes à 18 millions d'emplois dans le secteur marchand là où les Anglais ont dépassé les 25 millions pour des populations totales similaires, un peu au-dessus de 60 millions.
[1] Statistiques détaillées dans le Société Civile n° 81.