Ing. A&M (ICAM), lic. en économie, DESS de l'IAE, ayant eu notamment R. BARRE comme professeur jusqu'à ce que le Général de Gaulle l'envoie à Bruxelles en 1967 pour y être Vice- Président des Communautés, j'ai dirigé et redressé deux PMI de la chaudronnerie fine et de la mécanique de précision sans carnage social, ce dont je m'honore, et sauvé 120 emplois au passage.
Je suis donc à même de confirmer totalement votre analyse sans concession à laquelle je rajoute la mienne, sans doute un peu longue mais appuyée sur une expérience pluridécennale.
J'ai assisté, impuissant en effet, au naufrage de l'industrie mécanique française, à la casse de centaines de PMI du secteur qui nous font cruellement défaut actuellement.
Ces disparitions se sont naturellement accompagnées de la mise au chômage de milliers de compagnons hautement qualifiés, dont des outilleurs et prototypistes qui avaient « le centième au bout des doigts », notamment dans des entreprises telles que MANURHIN où j'ai travaillé plusieurs années, dont les socialistes voulaient la disparition parce qu'elle fabriquait des armes et des munitions.
Plus précisément, j'ai vu la disparition lente mais sûre de notre industrie de la machine-outil, la meilleure d'Europe après la guerre, qui comprenait des fleurons comme les excellents tours automatiques de décolletage Manurhin, les gros tours Muller & Pesant, Sculfort et Somua, - pour grosses pièces de centrales thermiques -, Ernault-Batignolles, Cazeneuve, excellents tours de précision, Ramo, excellents petits tours d'outillage, SIM et De Vallières.
Dans le domaines des fraiseuses, nous avions Alcera, dont nous avons construit quatre exemplaires sous licence à l'école, Huré et Huron, très robustes, Gambin, précises mais fragiles, Dufour et Liné, précises et solides mais chères, Graffenstaden, bonnes fraiseuses de production, les aléseuses et étaux-limeurs GSP, les rectifieuses ACC et Gendron et j'en passe.
Il faudrait y joindre les machines à travailler les tôles, telles les cisailles mécaniques Bled, les presses hydrauliques Boutillon et Bret, les excellentes Colly et Pinsart- Denis, auxquelles il faut ajouter pour être presque complet les rouleuses Lisse, toutes machines sur lesquelles j'ai travaillé, fait travailler, entretenir, voire que j'ai achetées, cette triste nécrologie mécanique n'étant pas exhaustive.
Tout cela pour au moins quatre raisons :
Il faudrait y ajouter la pusillanimité puis le lâchage des banques publiques et privées, légitimement lassées de l'incapacité de ces entreprises à redresser la barre en se regroupant, ce qui était difficile, voire impossible compte tenu du degré de rivalité de leurs patrons.